biographie

« Roseline Granet, un sculpteur. Toute la passion, le désir de faire.
Une œuvre commencée à l’aube de sa vie et continuée à l’aube de tous les jours. » Isabelle Waldberg

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L’atelier Zadkine à La Grande Chaumière. À gauche, Ossip Zadkine. A côté de lui, derrière la sculpture, Roseline.

Née à Paris, Roseline a dix-huit ans lorsqu’elle embarque pour New York, en 1954.

Elle s’inscrit à l’Art Student’s League, où elle étudie le dessin et la peinture. C’est là qu’elle découvre, notamment, Pollock et Mondrian, encore presque inconnus en France, et explore avec passion toutes les richesses des collections américaines.

À son retour à Paris, elle s’oriente vers la sculpture, sur les conseils de Viera da Silva, et fréquente l’atelier Zadkine, à la Grande Chaumière, de 1956 à 1959.

Zadkine, affirme-t-elle, lui a appris à aimer la sculpture. «Il communiquait à ses élèves une ardeur, une foi, un respect de l’art: quand on sculpte, on ne fait rien d’autre, on s’y consacre.

À la Grande Chaumière, elle rencontre également Sam Szafran, alors tout jeune peintre, puis Jacques Delahaye, sculpteur, qui l’encouragera à mettre sur pied la Fonderie Clementi. «Ce sont eux qui m’ont ouvert les yeux, dit-elle avec simplicité. Sous leur influence, j’ai fait certains choix, dont le refus de l’abstraction pure.»

Cette époque, elle l’évoque toujours avec émotion : années de fièvre, d’amitiés, de découvertes, suivies de la création, avec Jacques Delahaye, de la Fonderie Clémenti, à Meudon, en 1960.

Elle a alors vingt-cinq ans. Tout son travail s’est ainsi développé aux côtés de la fonderie, en étroite relation avec elle, et s’en est nourrie.

Depuis cette date, elle travaille dans ce même atelier, où se côtoient presque soixante ans de création.

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Le jardin de l’atelier. Parmi les sculptures (de gauche à droite):Les deux pressés, Le violoniste, L’élan à deux, Rostropovitch, Rapt au parapluie…

 

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L’atelier – L’Opéra silencieux

«Roseline entre dans son atelier parmi ses personnages en plâtre, reprend contact avec sa foule de gens, groupés dans des caisses pleines de feuilles, assis ou descendant des marches, par cinq ou plus… Des profils partout, des masques, des tamis, des disques. Ce ne sont pas  précisément des êtres-plantes, ils se sont plutôt approprié le feuillage de la forêt et sont revenus en ville en représentation.»

Isabelle Waldberg – 1980

 

«Un petit théâtre d’ombres gesticulantes et nerveuses qui fait défiler sous nos yeux les figures rapides de notre dissipation ou de notre enracinement. Equilibres et envols, élans, trébuchements et chutes scandent nos démarrages, nos abords et nos retours. Baladins, funambules, perchistes, moins théâtreux finalement que nous-mêmes, patients saltimbanques du quotidien»

Jean Clair  – 1993

 

«Une vibration singulière du silence, de la lumière, dit encore le tohu-bohu, l’élan esquissé, la jacasserie. Une seconde plus tôt, on en jurerait, à l’instant de pousser la porte, tout ce petit monde fantasque et turbulent vivait, courait, se disputait – et le voici saisi, figé dans un temps suspendu, le temps de notre passage, bras jetés en avant, corps en déséquilibre, juste avant la chute, bouches ouvertes sur un cri silencieux.

Michel Lebris – 1998

atelier_bisL’atelier – Un, deux, trois, soleil
 

 

 

Roseline&loiseauRoseline et l’oiseau

« Je ne pense pas vraiment au résultat quand je travaille. Je commence une sculpture simplement pour satisfaire le désir de mes mains : je mets un peu de plâtre sur une armature, et puis un geste mène à l’autre, tout naturellement. Ce qui m’importe, ce qui me plait vraiment, c’est l’enthousiasme, la ferveur, parfois la frénésie que j’éprouve en travaillant. »

« L’art n’a ni contenu ni destinée pour moi. Je crois que j’aime simplement le travail. Mon véritable plaisir est dans l’exécution : c’est le bonheur de faire, de créer que j’aimerais faire passer dans ma sculpture. Communiquer le plaisir et la vitalité avec des formes. Ce sentiment de plaisir me donne une très grande liberté. Je change constamment de matériaux, je vais du plâtre à la terre et à la cire. Je change d’échelle. Je laisse les grandes pièces pour en faire des petites. Je fais des personnages isolés ou des groupes. Et quand je ne travaille pas dans mon atelier, je fais des dessins, des pastels et des gravures. »

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Travail préparatoire : cadre en bois, plâtre et filasse. Dans le fond, le réchaud pour la cire.

« Ma démarche est toujours la même. J’essaie de me rapprocher d’une mémoire très ancienne que je sens exister en moi, et mes sculptures sont comme ces témoins que l’on pose en architecture pour savoir si quelque chose a bougé. La sculpture pour moi est une façon de rester à l’écoute de mes sensations, à l’écoute de l’irrationnel. »

« Mon rêve serait d’avoir à remplir de sculptures les salles gigantesques d’un palais qui ne se combleraient jamais. Le plâtre étant périssable, les sculptures s’effriteraient au fur et à mesure . Ainsi j’aurais la certitude de devoir constamment travailler sans aucun problème d’espace. »

Entretien avec Alice Rewald – extraits